le 08-08-2008

Akphaezya Anthology II
Akphaezya : nom imprononçable pour musique inclassable, le quatuor compte aujourd’hui parmi les formations hexagonales les plus barrées du moment. Et accessoirement, intègre la caste des groupes plus que prometteurs se voyant enfin offrir une distribution digne de leur talent. Car talent il y a dans ce Anthology II, qui n’est pourtant que le premier véritable opus des orléanais. L’album étant précédemment été enregistré en auto-production totale, c’est donc une relecture qu’offre Akphaezya. Auto-remake entièrement mérité par une succession de morceaux qui se devaient impérativement de sortir de l’obscurité.

En annonçant un projet en cinq albums (Anthology II en est donc en toute logique le second volet), Akphaezya témoignait d’entrée de jeu d’une véritable volonté de se détacher de la masse. Ce premier essai ne ressemble en effet à rien de connu, ce qui n’aura pas échappé au flair aiguisé de Lee Barrett, ancien membre de To-Mera qui signera le groupe. Akphaezya partage d’ailleurs avec l’ancienne formation du musicien quelques similitudes dans son fonctionnement, les quatre musiciens affichant un goût prononcé pour les mélanges de toutes sortes. Avant-gardistes et par ailleurs proches des travaux d’Unexpect, les morceaux composant Anthology II ne respectent aucun schéma ni ligne directrice, chaque composante révélant de nombreux visages au fur et à mesure que l’exploration s’opère délicieusement. Théâtral, grand guignol, et soudainement furieusement metal, Akphaezya entraîne dans un tourbillon de sonorités antagonistes assemblées d’un ciment diablement cohérent (le très électrique « Khamsin », « The Golden Vortex Of Kaltaz »). Anthology II est un parcours semé d’embûches, quasi-incompréhensible aux premières écoutes, et pourtant débordant d’une richesse qui n’en finissent plus de se dévoiler avec les écoutes répétées. Sans jamais s’embourber dans une redondance lassante, l’ensemble virevolte tout du long, teinté d’un psychédélisme déroutant, de solos aussi justes qu’inattendus (la conclusion de l’impressionnant « Reflections », « The Bottle Of Lie ») ainsi que d’extrêmement nombreuses incartades jazzy. Cette influence très prégnante est d’ailleurs assurée d’une main de maître par une section instrumentale à la technicité exacerbée, les lignes de piano très typées free-jazz venant apporter une dimension « cabaret » appréciable (« Khamsin »).

A l’aise dans des sphères metal, orientales (« Trance : H.L. 4 ») ou plus classiques, les musiciens imprègnent leur œuvre contemporaine et novatrice d’une schizophrénie permanente. Des changements rythmiques et d’ambiances reliées par le fil rouge matérialisé par les parties de basse, logiquement très marquées et groovy (« The Bottle Of Lie », sur lequel intervient un accordéon malicieux), couplées aux lignes de chants de la déjantée Nehl Aëlin. A ce tissu sonore expérimental d’un autre univers, la demoiselle répond avec le même grain de folie et d’anti-conformisme, tout en soignant dans les moindres détails chaque intervention. Entre murmures inquiétants (« Preface »), envolées dans les aigus (« The Secret Of Time ») ou caverneuses à souhait (« The Goden Vortex Of Kaltaz »), voire interventions complètements décalées (« Reflections »), la chanteuse dépeint son univers à l’aide d’une très large palette vocale, ses interventions se voyant tout aussi soignées que les tissus sonores qu’elles habillent.

On ne comprendra probablement pas tout les méandres d’un album qui réduit à néant toutes les frontières musicales. Pour autant, Anthology II est un album fantastique tant chaque nouvelle écoute vient à révéler de nouveaux éléments. Mais où s’arrêteront-ils ? Probablement pas dans notre univers…

Par Ben.

Vacarm.net

Back